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Dr Alain GOUIFFES 10.2011


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Article paru en Avril 2011 dans "convergence", magazine d'information du GHH
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journée d'étude RRAPP : Quelle clinique avec les jeunes en errance ?
Texte en vue de la  première journée d’étude du Réseau Régional  Psychiatrie-Précarité. Lieu : hôpital du HAVRE (IFSI). Date : le vendredi 9 juin 2006. Olivier JAN, psychologue _ UMAPPP (ROUEN _ Centre Hospitalier du ROUVRAY)

Paru dans le journal VIe Sociale et Traitements


 1) généralités 

L'accompagnement est une notion qui sous entend celle d'une durée, d'un développement dans le temps.  Toute relation d'aide (sauf peut-être celles qui se posent comme "débrieffantes", ponctuelles sinon "instantanées"...) inclue cette notion de durée et constitue, selon des modalités professionnelles différentes, des prérogatives différentes, des buts différents, un accompagnement d'une certaine nature. Dans ce sens, une psychothérapie contient cette notion également. Ceci est d'autant plus vrai dans les psychothérapies d'inspiration analytique. Le temps est ici condition nécessaire (bien qu'insuffisante à elle seule) au travail psychique, à l'élaboration. Bien évidemment, il s'agit là d'un accompagnement psychique, d'un travail de co-pensée (selon la formule de Daniel WIDLÖCHER) qui ne s'intéresse pas directement à la réalité du sujet pour viser sa "réalité psychique" et son fonctionnement; le psychothérapeute dans cette acception n'est "témoin" de la vie réelle de son patient que par les dires de ce dernier.   L'accompagnement tel que nous l'entendrons dans cet exposé, est celui d'un sujet singulier, individuel (nous ne parlerons pas de groupes), à entendre en termes de sujet pensant/désirant, porteur d'une trajectoire unique qui justifiera qu'un tel dispositif d'aide soit mis en place dans la réalité concrète de son existence par des professionnels du soin (tels des infirmiers, médecins, psychologues) et des professionnels du champ social (travailleurs sociaux). Nous tenterons de donner une définition de ce que nous entendons par "accompagnement partenarial" dans des cliniques extrêmes dont celle des jeunes en errance.   Les sujets "justifiant" ce type de prise en charge au long cours, qui sont-ils? Il s'agit de personnes présentant, de manière plus ou moins durable (de façon chronique ad vitam pour certains) des difficultés importantes dans leur insertion sociale du fait de problèmes momentanés ou durables, psychiatriques ou pas, et se trouvant en situation d'exclusion. Ces gens qui seront ainsi "accompagnés" présentent une autonomie restreinte, plus ou moins marquée, plus ou moins consciente, plus ou moins reconnue et acceptée. Pour schématiser, les névrosés ordinaires ne sont pas ici visés. Paradoxalement, les individus qui en sont bénéficiaires n'en sont pas (ou pas directement) demandeurs; ce qui place aussi ce type de pratique dans un contexte déontologique singulier (le secret partagé entre plusieurs professionnels impliqués y est de mise) .  

2) Les errants et les jeunes en errance  Nous avons posé dans notre argument que l'errance pouvait se définir "comme provenant de la rupture des liens antérieurs au profit d'autres, potentiels, non encore advenus". Ceci reviendrait à dire que les personnes en errance seraient en crise (au sens d'une crise de la personnalité) et possiblement en attente de nouveaux investissements. Force est de constater que, comme dans tout état de crise, certains sortent de l'errance en revenant à leurs liens antérieurs (sans changement en quelque sorte, ce n'était qu'un épisode, qu'un avatar de leur parcours), certains autres en sortent en en tirant un bénéfice au sens d'un changement « maturant », d'autres encore en sortent plus abîmés et/ou restent en errance de manière très durable, voire ad vitam.   L'UMAPPP propose un observatoire hors du commun de ces trajectoires.  On n'entre pas nécessairement en errance en étant jeune: certains y tombent à tous les âges de la vie, hommes et femmes (même si les premiers sont considérablement plus nombreux que les secondes). Les personnalités rencontrées sont de tous types: névrotiques, limites, perverses, psychopathiques, psychotiques... Nous ne reviendrons pas ici sur les "psychotiques à la rue", ayant traité de ce problème dans une autre contribution (1). En même temps, force est de constater que "le gros de la troupe" est constitué de personnalités limites, bancales dans leur identité et leurs aménagements, et que nombreux sont ceux, parmi les plus installés dans l'errance, parmi les clochards, qui y sont parvenus dès leur majorité.  Les errants sont, par définition, des personnes sans feu ni lieu, instables, mobiles. En fait, là encore, ces voyageurs démunis sont rarement de grands voyageurs et leur périmètre n'est pas si large. Ils évoluent sur une ville, la quittent parfois pour y revenir encore et encore. Ils fréquentent les mêmes institutions, les mêmes places, les mêmes rues. L'errance n'est rapidement plus une découverte mais participe vite et fort d'une entrée dans un cercle répétitif, dans un temps cyclique, en reproduction du même.  Si l'on veut faire des catégories pour disséquer autrement que par les types de personnalités et l'âge la population SDF, nous pouvons diviser ce groupe en trois sous-groupes (non parfaitement homogènes):      

(1) _ « Psychotiques » à la rue ? Journées Nationales d’Etudes et de Reflexions de l’Association CASTOR, ROUEN le 3 juin 2004. »Les psychotiques qui vont choisir la rue comme mode de vie », Olivier JAN.  

1_ les gens dont l'errance est clairement imposée: cette classe comprend essentiellement des migrants, célibataires en France, en attente du statut de réfugié politique ou d'une hypothétique régularisation de leur situation. Nous ne reviendrons pas ici sur ces nombreux patients, marqués par des traumatismes majeurs liés à des faits de guerre sinon de génocide. Nous avons témoigné de leur cas et des questions qu'ils posent à la psychothérapie et l'accompagnement dans différentes occasions depuis la création de l'UMAPPP (notamment Journée d’étude de LILLEBONNE sur le thème de la Transmission, octobre 2005, avec ma collègue Isabelle CONSEIL). Notre travail auprès de cette population très fragile insiste sur la notion d'accueil, sur le long temps et la qualité de l'accueil qu'il est profitable de leur accorder avant tout.  Nous ajoutons rapidement que pour la plupart de ceux-là, pour peu que leur demande d'asile aboutisse positivement, l'errance n'aura été que momentanée.  

2_ Les personnes dont l'errance est devenue mode de vie: ce sont les clochards et les fous à la rue. En caricaturant, ils actualisent les uns et les autres différemment, avec ou sans alcool, des conduites chroniques, stables et répétées, avec un renoncement souvent marqué vis à vis de tout changement. Les clochards, sans être nécessairement psychotiques, évolueraient dans une forme de vide; les psychotiques clochardisés vivraient pleinement leur folie, captifs de leur monde interne délirant.  

3_ Les jeunes en errance sur lesquels nous allons nous attarder.  Il ne s'agit pas là d'un groupe homogène tout à fait et nous avons rencontré via l'UMAPPP des jeunes gens transitoirement désorientés dans leur parcours de vie, strictement névrotiques par ailleurs; ceux-là ont clairement bénéficié de l'aide psychologique proposée associée à un accompagnement social bref, s'engageant malgré la précarité de leur situation dans le processus psychothérapeutique de manière classique et positive. Néanmoins, l'essentiel des jeunes en errances n'est pas là.  Bien plus souvent, les jeunes en errance sont de très jeunes gens, juste majeurs, qui présentent un passé "comme sans acquisition", rempli de manques et de ratées (petit niveau intellectuel et de connaissances, échec scolaire, inaboutissement des formations engagées, absence d'expériences de travail...).  Sur le plan familial, la plupart du temps ils n'ont pas été élevés par leurs parents, ou bien l'ont été dans le contexte de familles pathologiques et abandonniques. Ils peuvent continuer d'entretenir des liens avec leurs parents: liens étranges, à la fois recherchés et sources d'angoisse. Ils peuvent souhaiter restaurer ces liens, rompus de longue date et réussissent exceptionnellement à en tirer bénéfice. Les parents sont à la fois chargés de tous leurs maux et investis d'une attente magique de réparation.   Ces jeunes gens sont la plupart du temps nés en France; certains sont fils de migrants.  A une fréquence avoisinant les 100%, nous nous rendons compte de l'usage de drogues licites (alcool), de médicaments détournés de leur indication et mélangés, de psychoactifs illicites.  Ils font montre de carences affectives importantes, leurs relations précoces ont été gravement perturbées. Nous repérons dans leur biographie des traumatismes multiples (mauvais traitements parentaux fréquemment). Ils peuvent être issus de familles nombreuses (et méconnues) comme enfant "isolé", unique, de deux parents ayant eu d'autres enfants de lits différents.    L'une des composantes biographiques les plus courantes est constituée des placements dont ils ont fait l'objet: dans leur famille élargie, dans une ou plusieurs familles d'accueil, dans des institutions.  A 18 ans, ils peuvent déjà avoir connu la prison; ils sont souvent défavorablement connus des services de police pour délinquance ou trafic de stupéfiants.  Sur le plan de leurs personnalités, nous retrouvons des fonctionnements immatures, adolescents (investissement du mouvement, de groupes de pairs marginaux, défenses maniaques), des identités mal assurées (avec des doutes quant à leur filiation, quant à leurs capacités de pouvoir être investis). Nombre d'entre elles pourraient être considérées comme "état limites", souffrant d'abandons et les rejouant (inexorablement et inconsciemment) depuis l'origine. Une part non négligeable relève selon nous aussi de la psychose. Les aménagements d'allure psychopathique ou perverse sont fréquents. Notre description, un peu taillée à la serpe nous en convenons, insiste sur l'aspect marginal de ces jeunes gens  
Pourtant, leur  présentation directe est on ne peut plus ordinaire la plupart du temps: ils sont propres, habillés "en marques", revendiquent leur look comme le font d'autres jeunes gens normalement insérés. Leurs aspirations sociales sont (étonnamment) très ordinaires également: dans leur discours, ils évoquent le désir de trouver un travail, un logement, de s'établir en couple, d'avoir une télé (et une play station...). Ils ne semblent pas se rendre compte de ce qui peut faire fossé entre eux et ceux qui accèdent à cela. Le fonctionnement de la pensée semble ainsi faire fi pour une part de la réalité, des exigences de plus en plus affirmées de notre société, de leur réalité quotidienne, comme si la galère, la rue, l'absence totale de ressources ne valait pas comme signal d'angoisse et de recherche d'inscription, de "demande" (alors que précisément tous ces indicateurs nous alarment _ nous professionnels, nous adultes _énormément pour eux).
Plus en profondeur, dans les moments de dépression qu'aucun ne méconnaît ou dans les moments de crises décompensées, le discours change radicalement: c'est le désespoir, l'injustice, l'abandon, la "vie de merde", la rage, l'envie qui ressortent en force
 
Leur comportement, la plupart du temps négativiste vis à vis des valeurs de la société  (car malgré le discours affiché, ils s'inconduisent socialement...), semble pouvoir osciller selon l'acuité des prises de conscience: victorieux sous produits, tout puissants, les voilà annihilés par ces resurgissements d'ordinaire déviés, mis à l'écart. Ils sont brutalement confrontés au désespoir (plus qu'à une dépression stricto sensu: il s'agit plutôt de l'expression d'une dépression essentielle totale), avec alors une lucidité (sur leur non inscription sociale) particulièrement angoissante pour les "aidants".     Tout serait comme si l'intelligence sociale de (tous) ces jeunes gens s'éclairait dans le noir, selon le seul angle du négatif, du sentiment d'être de trop, de ne pas avoir été aimé, de n'être rien, de n'être que haine.  Dans les asiles de nuit, nos jeunes gens aboutissent dès leur jeune majorité. Les lieux qui les supportent et/ou les acceptent sont rares (ils font exploser les dispositifs fréquemment) et il n'est pas étonnant de les retrouver dans les dispositifs dit "à bas seuil", présentant le plus petit niveau d'exigence vis à vis des conduites. En même temps, là aussi des règles existent. Ces lieux sont pour beaucoup d'entre eux les seules alternatives à la rue stricto sensu car il faut pouvoir faire preuve d'une certaine autonomie, d'initiative, d'organisation pour réussir à squatter par exemple et tous n'en sont pas capables.  Aucun dispositif de type accueil d'urgence de nuit ou de jour n'est réservé aux "jeunes" (où commence et où finit la jeunesse d'ailleurs?). Nous pensons, outre les efforts et les qualités des travailleurs sociaux, que les asiles de nuit font violence aux jeunes errants qui critiquent, agressent les autres errants: les plus vieux qu'eux en général, les clochards, les fous. En leur donnant place dans ces endroits, tout se passe comme si la société leur signifiait qu'ils sont sur le même fil, sur le même continuum que les plus cassés, renforçant leur désespoir et leur rage (ce qui explique leur agressivité à l'égard des "petits pépères"). Nous repensons à ce jeune homme, toujours parfaitement propre, confronté à un clochard chiant dans la douche...   

Le cas particulier des routards ("jeunes des festivals") a été bien étudié (et continue de l'être) par François CHOBEAUX (« l'errance active »; « les nomades du vide »). Cet auteur, sans que nous nous y attardions, a mis en exergue la tentative de création, illusoire peut être, d'une nouvelle façon de vivre par ces jeunes. Dans cette entreprise, l'autonomie du groupe est visée, revendiquée, inscrite dans la marginalité et démarquée des valeurs culturelles globales.  Les filles : nous pourrions dire que schématiquement il en va de même dans l’errance des filles et des garçons, les jeunes filles à la rue se trouvant dans des problématiques psychiques et psychosociales de même nature que les garçons. Nous noterons au passage le manque de places en structures d’hébergement d’urgence pour elles dans la région, plus criant encore que pour les hommes. Plus souvent, elles semblent pouvoir faire recours à l’espoir d’une vie de couple pour se sortir de la galère, avec souvent des choix d’objets catastrophiques et des histoires amoureuses tumultueuses et déstructurées, itérativement vouées à l'échec. Le recours à la maternité peut aussi s'affirmer, souvent dans un certaindéni des difficultés propres, la grossesse « choisie » venant possiblement déjouer les aspects négatifs (magiquement) et occasionnant une autre attention de la part de l’environnement social.    
Que demandent ces jeunes gens? C'est compliqué! Ils semblent demander justice et réparation de leur parcours chaotique. Leur attente est forte vis à vis de la société (qu'en face d'eux, nous les adultes nous représentons plus particulièrement certainement), à la mesure de leurs attitudes défiantes. Ils nous montreraient qu'ils ne croient plus en rien: éviter les rencontres, c'est se méfier de ses attentes, de ses espoirs. Leur tendance est souvent de se poser en situation victimaire, en chargeant les grands responsables de leur déroute (parents, vrais ou substitutifs, éducateurs, ...). Il est important de bien entendre ce niveau de leur mode de pensée. Il est bien sur, avec le respect du premier volet, aussi nécessaire de les aider à saisir leur propre implication dans leur parcours. C'est là tâche ardue et délicate.  Ils utilisent les dispositifs d'hébergement d'urgence en en testant les limites et ils font de même partout; ils semblent partout rétifs à s'amarrer.  

 3) Travail d'accompagnement partenarial  Ils acceptent rarement de rencontrer des psys: ils en ont déjà rencontrés via l'Aide Sociale à l'Enfance ou les foyers dans leurs plus jeunes années. "Ca m'a jamais rien apporté" nous rappellent-ils sans exception... Plusieurs choses sont à prendre en considération ici: d'abord, leur vie est remplie d'événements particulièrement bouleversants, c'est vrai, de déchirures et la plongée dans ces fondements douloureux est défensivement évitée; éviter les psys, c'est avant tout éviter cela et nous devons le comprendre. Il nous semble que l'aide "psy" seule ne peut d'ailleurs jamais aboutir. Cette démarche doit, précisément, pour être tentée, être... ACCOMPAGNEE.  Les jeunes, et ceci nous paraît juste d'expérience pour un grand nombre de gens en errance quel que soit âge et type de personnalité, n'accèdent à nos services que s'ils sont annoncés, "travaillés en amont" par des "annonciateurs" (au sens que donnent les anthropologues à ce terme: voire J. FAVRET SAADA, J-P CASTELAIN par exemple) autorisés, reconnus par les sujets eux-mêmes comme proches et dignes de confiance.  Dans notre champ, il s'agit la plupart du temps des travailleurs sociaux des foyers et lieux d'accueil de jour.  L'annonciation seule ne suffit pas non plus. Il faut que ce lien soit suffisamment porté pour arriver jusqu'au psy et même que la relation positive entre le travailleur social et le psy soit "palpable", incarnée, perceptible par le sujet. Il ne s'agit jamais d'un simple passage d'une compétence à une autre mais de la mise en oeuvre d'une aide complémentaire, n'allant pas l'une sans l'autre (comme l'anesthésiste et le chirurgien). Il ne s'agit pas de se défausser, mais de tenir, à plusieurs, pour un "usager-patient". Dans ces conditions d'exercice, nous insistons sur le fait que la dissymétrie des savoirs est fortuite:   il n'a pas à y avoir de hiérarchie des importances entre l'aide psy et l'aide sociale, les deux étant fondamentales pour en venir à une aide effective (qui est en l'occurrence globale ou rien du tout).    Dans notre pratique, la rencontre demande du temps: les jeunes gens en errance, sauf exception, viennent nous voir par épisodes, préfèrent les rencontres informelles (moins codifiées, moins engagées). Est-ce utile? Nous tendons à penser que oui, par l'aspect facilité que nous repérons dans les rencontres ultérieures quand elles existent: "celui-là, il sait quelque chose de moi, il en a entendu et retenu quelque chose": en effet, quand après des mois nous pouvons considérer la nouvelle rencontre comme une "séance suivante", en rappelant au sujet où il en était, ce qui l'animait la fois précédente, quelque chose continue: ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, le psy n'est pas un panier percé mais quelqu'un qui retient, soit quelqu'un qui ne s'en fout pas... Ceci est une mise à l'épreuve de nos aptitudes à contenir pour une part.   Le suivi et l'accompagnement des jeunes en errance comporte cet espèce de "jeu" avec la distance et le temps, avec les départs et les retours, les uns comme les autres très probables. On accompagne sans savoir clairement à l'avance vers où vogue le navire, tout en maintenant la certitude que l'aide par notre présence, notre écoute, est pertinente. Avec ses "accompagnants", sociaux et psys, le sujet peut parler vrai, être entendu dans sa réalité. L'aide psy démise du témoignage dans la réalité n'est pas ici l'indication. Quel est le but de l'accompagnement dont nous parlons ici (bicéphale)? Nous le dirons en termes simples: accompagner ce qui est le plus vivant chez chacun de ces sujets.  Sur quoi peut déboucher cette aide? Souvent, le but annoncé est celui de l'insertion. Mais de quoi s'agit-il pour ces jeunes, "sans bagage" pour avoir une histoire trop lourde? D'abord qu'ils ne meurent pas (eh oui), qu'ils puissent trouver réassurance et pensée sur eux-mêmes, qu'ils puissent se faire moins de mal. L'accès aux dispositifs sociaux d'insertion _ au sens de formation par exemple _ est toujours lent, chaotique, mais pas forcément impossible. Toutefois, disons qu'on ne le sait pas à l'avance et qu'il est nécessaire de respecter le développement et le rythme de ces jeunes sujet, sans trop fortement imposer nos désirs ou modeler les leurs sur nos niveaux d'aspiration propres.  Il faut toutefois clairement regarder quelles institutions pourraient réellement, après la rue et l'hébergement d'urgence, aider leur essor. Elles sont rares: seuls les CHRS proposent quelque chose, mais selon des modèles quelque peu coupés de l'air du temps (on y demande parfois trop aux jeune d'oublier leurs 20 ans...).  L'errance des jeunes s'explique (ou se lance en tout cas) par réaction aux modes de vie institutionnelle déjà connus à l'adolescence. La majorité pourrait être attendue comme la date à partir de laquelle la liberté de s'essayer soi-même au monde pourra advenir. Comment imaginer, pile à ce moment de passage, de pouvoir réinstitionnaliser des sujets qui précisément désirent idéalement s'en affranchir?   Ce qui reviendrait à dire, du point de vue des "aidants", qu'il est illusoire de fantasmer sur "LA bonne institution" là où aucune, si bonne soit-elle, ne peut être tolérée et redevenir référente du sujet.  Un temps "d'errance d'expérimentation" semblerait donc pouvoir s'expliquer. Ce qui ne doit pas pour autant nous amener à le considérer comme réelle rupture. Il nous faudrait, de notre position, rester contenants sans trop imposer de direction, c'est à dire rester là (IE: pas loin, accessibles sur la trajectoire de ces jeunes) sans emprise excessive de nos désirs ou de nos angoisses.  L'une des fonctions de l'UMAPPP (unité mobile) réside dans cette pratique: être "aidant", accompagnant, ce n'est pas être en collusion (au sens du compagnon de misère confondu avec le sujet lui-même) mais être sur le chemin, sans excessif jugement, admettant l'idée que même si notre "usager-patient" nous semble s'égarer, échapper, il s'agit là d'une condition pour qu'ensuite le lien d'accompagnement (non entamé) puisse perdurer selon d'autres déclinaisons (pas de casse du lien).      

3) Conclusion: contre-transfert et accompagnement Nous avons brossé un portrait assez sombre de la population jeune en errance. Cette esquisse est pénible parce qu'elle est plutôt proche de la réalité. Nous évoquions dans notre argument l'aspect "no future"... Quand on tente d'aider professionnellement un "vieux" clochard, le vertige peut nous prendre face à cette forme d'abandon de soi, de déchéance, de vide, ... Quand on aborde un jeune en errance, le malaise est fonction de ce vertige premier: si rien ne se passe, il risque fort de finir comme le précédent. Est-ce là réellement le sort prescrit socialement? Rien n'est moins incertain... L'utilité du contre-exemple social est bien pointée par le dernier ouvrage de DECLERCK ("Le sang nouveau est arrivé", Gallimard 2005). Il est donc important à la fois de tenir compte de la réalité, très difficile de ces jeunes, et de lutter contre cette pente par trop déterminée. A la fois nous devons prendre les choses très au sérieux (ils sont en grave danger) et à la fois, il nous faut pouvoir "rêver" pour eux. "Rêver lucidement", voilà le paradoxe. "Rêver lucidement" pour ne pas partir vaincus. "Rêver lucidement" (être un "pessimiste joyeux" selon la formule de FREUD reprise par Patrick DECLERCK) c'est aussi militer pour que notre société réagisse hors cynisme, pour que l'inventivité institutionnelle soit encore possible malgré les vaches maigres. C'est accentuer l'effort de "civilisation"... 
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